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Petite, je rêvais déjà de coudre des robes de mariées. J’achetais des magazines spécialisés et j’en fabriquais à ma manière à l’aide de vieux rideaux et de fripes trouvées chez « Kiloshop » à Brest. Mon père me prenait déjà en photo dans le jardin ! Adolescente, j’ai aidé une amie de ma mère à confectionner la sienne.

Il était donc hors de question pour moi d’acheter ma robe de mariée dans un magasin.

Ce mariage était pour moi l’occasion de faire de mon rêve une réalité mais en même temps un grand enjeu pour ma carrière de couturière amatrice ! Si tout se passe bien, je n’aurais pas l’occasion de recoudre ce vêtement. Je n’aurais qu’une robe, LA robe et je n’avais pas le droit à l’erreur.

Ma détermination a cependant été mise à rude épreuve.

Pour commencer le hastag « jecoudsmarobedemariée » est peu fourni et montre quelques photos de coupons classés « affaire sans suite ». Certaines personnes sacralisent ce vêtement ou bien doutent de leurs capacités en couture et n’osent pas se lancer à le coudre elles-mêmes.

Pourtant, vous verrez qu’il n’est pas nécessaire de dépenser beaucoup d’argent ni d’avoir beaucoup de technique pour obtenir un résultat satisfaisant quand on choisi une coupe appropriée et un joli tissu.

Pour être belle et se sentir bien dans sa robe le jour J il est important de la choisir en fonction de son style et surtout de tenir compte de sa morphologie.

Depuis toujours je me voyais dans une robe sirène et puis il y a eu CE tissu. 

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Posé seul sur une étagère du rayon mariées des tissus Reine, à l’écart des autres dentelles plus classiques, il m’a tout de suite tapé dans l’oeil. Il se trouve qu’à cette période la pub pour le parfum Miss Dior était diffusée en boucle à la télé et la robe de Nathalie Portman (voir la vidéo par Issy) m’a semblée faite pour ce tulle brodé de pétales. Quand je suis tombée sur ce patron burda qui en était la réplique exacte je me suis dit que c’était un signe du destin !!! 

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Cette robe était parfaite :

-         C’était à la fois une robe de princesse avec un bustier et une traîne comme en rêvent la plupart des petites filles.

-          mais également une robe originale (parce que depuis que je suis une petite fille je n’ai jamais aimé faire comme tout le monde) de par le choix du tissu.

-         enfin, elle m’a semblé parfaitement adaptée à ma petite taille. En effet, le fait qu’elle soit plus courte devant évite de tasser ma silhouette contrairement à une robe « meringue ».

C’était il y a deux ans. Je me suis donc empressée d’acheter ce patron chez Self tissus à Lannion. Ma mère me déconseillait d’acheter mon tissu trop tôt de peur que le blanc jaunisse. Cependant, une fois n’est pas coutume, je ne l’ai pas écoutée et j’ai bien fait car quelques mois après mon tulle était épuisé et n’ai jamais réapparu. Quant au satin pour la doublure, dans un souci d’économie j’ai opté pour un tissu milieu de gamme. J’avais besoin d’une certaine tenue mais pas nécessairement de la qualité d’un satin duchesse qui, avec le poids des pétales, aurait peut être été trop lourd. De plus, mon satin ne serait pas directement visible puisque que couvert de tulle.

J’ai immédiatement décalqué le patron en taille 36 et réalisé une toile dans le même satin que celui acheté pour la robe car il n’était pas très couteux et j’avais besoin de me rendre compte du tombé de la robe. J’ai réuni l’ensemble de la mercerie nécessaire, tout était ok.

Ce que j’ignorais à l’époque c’est que mon fiancé fraîchement expatrié en Afrique reviendrait en France pour raison de santé. Ce fut le déclic. Puisque nous allions vivre dans le même pays pendant plus d’un an, c’était l’occasion d’avoir un enfant avec lequel je le suivrais ensuite à l’étranger quand il serait réaffecté. J’ignorais également quand Dame nature allait me faire ce cadeau. Finalement ma petite fleur est arrivée le 31 mai, soit deux mois et demi avant le mariage. Je n’ai pas l’habitude d’étaler ma vie personnelle sur ce blog mais dans cette occasion si particulière couture et vie personnelle sont inextricablement liées…

En effet, bien que je n’aie pas pris énormément de poids pendant ma grossesse et que j’aie perdu ces kilos rapidement, dans l’immédiat mon corps est malgré tout resté marqué au niveau du bas du ventre et l’allaitement m’a fait prendre une taille de bonnet. Comme je l’ai expliqué dans un article précédent, j’ai attendu le dernier moment pour commencer ma robe (18 jours avant le mariage exactement) dans l’espoir de rentrer dans ma toile mais en vain. Au moment de l’essayage, impossible de fermer complètement la fermeture ! Aie !

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Je ne voulais pas tout redécalquer en 38 par manque de temps et aussi parce qu’au niveau de la taille le 36 correspondait. Je ne voulais pas prendre le risque que le bustier tombe donc il fallait qu’il soit bien serré à cet endroit-là.

Pour aplanir le ventre donc j’ai investi dans une culotte gainante. Pour la poitrine, maman a dessiné sur mon dos la matière manquante pour nous rendre compte des modifications à apporter. Nous avons piqué cette technique à « Petits bonheur dans mon atelier ». 

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Sur les conseils d’une amie couturière de formation, Maman m’a suggéré d’ajouter des centimètres sous les bras à la manière d’un triangle. J’ai également ajouté 1 cm de part et d’autre de la fermeture éclair le long du dos pour plus de sécurité. Ces centimètres-là seraient faciles à retrancher s’ils s’avéraient finalement inutiles, contrairement au reste.

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Comme je n’ai pas l’habitude de modifier les patrons, j’étais assez angoissée de voir le résultat. Une fois le tissu coupé il serait trop tard pour faire machine arrière, d’autant que je n’avais pas acheté de rab et qu’il ne se vendait plus en magasin ! Si j’échouais je n’avais aucune solution de replis à quelques jours du mariage…

J’en profite pour remercier ma mère et ma famille en général sans qui ce projet fou avec un timing si serré n’aurait pu aboutir. Non seulement j’ai été soutenue dans les moments de doute (« Est-ce que la robe va m’aller ? »), voire de désarroi (« Je n’y arriverai jamais ! Je n’ai plus envie de me marier») mais surtout ils se sont relayés pour s’occuper de ma fille et assurer le quotidien au dépend de leurs vacances.

Si j’ai pu être si bien entourée c’est parce que j’ai passé l’été chez mes parents QG de toute la famille Par Issy ! En poussant les meubles j’ai ainsi pu bénéficier de la surface au sol nécessaire à la découpe de mon tissu. Puis nous avons sorti la grande planche et les tréteaux que nous utilisons habituellement pour les repas de famille pour transformer tout le salon en un grand atelier. Le petit atelier de maman à l’étage n’aurait pas permis de manipuler d’aussi grands métrages. 

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J’en reviens au projet car celui-ci a évolué en cours de route. Une question me taraudait depuis le début et mes doutes se sont accentués après la grossesse : tous ces pétales en 3D n’allaient-ils pas me grossir ? J’ai eu la chance de tomber sur Kévin, un charmant étudiant en mode qui travaillait chez Self tissu pour l’été à qui j’ai fait part de ma question. Il m’a alors conseillé de découdre une partie des fleurs là où je ne souhaitais pas avoir de volume. Une idée de génie !

Restait à déterminer les fleurs à découdre et celles à conserver. J’ai dans un premier temps fait ce schéma avec un dégradé de fleurs :

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Puis pour que ce soit plus clair j’ai ensuite tracé les zones fleuries avec un marqueur sur ma toile.

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J’ai longuement hésité à laisser quelques fleurs au niveau de la poitrine comme on le voit sur cette photo.

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Personne n’arrivait à trancher à la maison. J’ai finalement décidé de toutes les retirer car j’avais peur qu’en les laissant la robe soit trop chargée et que l’on ne perçoive pas suffisamment le dégradé.

J’ai décousu les fleurs sur l’envers. J’ai utilisé des aiguilles pour repérer celles à conserver. 

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Pour découdre les fleurs je me suis armée d’un découd vite et de ciseaux cranteurs. En réalité les fleurs sont formées à partir de longs rubans de pétales « crantés » cousu au tulle sous forme d’arabesques. Pour éviter que l’ensemble ne se détricote j’ai dû découdre les fleurs en conservant une longueur de fil que je nouais à chaque fois pour l’arrêter. Puis je coupais le ruban à l’aide des ciseaux cranteurs. Ce travail minutieux à la main m’a pris au moins 4 jours !!!!

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A la fin on aurait dit que j’avais plumé un poulet !

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J’ai ensuite faufilé chaque pan de tulle au pan de satin doublure correspondant le long de chaque côté. Contrairement à la toile, j’ai choisi d’utiliser le satin sur l’envers car je ne voulais pas d’une robe brillante.

J’ai ensuite effectué quelques points à l’intérieur pour que le tulle reste bien relié à la doublure.

L’assemblage de la robe a ensuite été assez rapide car il s’agit d’un modèle à la coupe plutôt simple.

Il n’y a que 4 baleines en tout. Je m’étais déjà entraînée à en poser car j’en ai ajouté sur mes bustiers de Aime comme Magnétique (article par Issy). Pour cela je pose un biais sur mes marges de couture. Je viens ensuite le plaquer en piquant sur le côté et cela forme une coulisse où je glisse ma baleine. A préalable j’en ai fondu les extrémités pour éviter que les fibres en plastique ne piquent voire ressortent à travers la fibre du tissu.

Au-delà de l’aspect esthétique, le fait d’avoir retiré des fleurs m’a facilité la tâche au moment de la pose de la fermeture éclair invisible. L’unique enjeu a été d’obtenir des finitions parfaites. Je m’y suis donc reprise à plusieurs fois avant d’obtenir le résultat escompté.

J’ai ENFIN pu essayer ma robe et me rendre compté qu’elle m’allait !!! Joie, soulagement, euphorie, émotion !!!!

J’ai complété ma tenue par un jupon vintage qui avait pile poil la bonne forme. Il m’a suffit de le raccourcir devant et de finir l’ourlet par un roulotté à la surjeteuse pour une plus belle finition. Je ne souhaitais pas forcément une robe avec trop d’ampleur (les pétales lui donnant déjà un certain volume), mais il fallait lui donner une certaine tenue. D’autre part une amie qui s’est mariée il y a 2 ans m’a expliqué (et cela s’est confirmé lors des essayages) qu’il fallait forcément un jupon, ne serait-ce que pour éviter que la jupe ne vienne se coincer entre les jambes en marchant. Celui-là a parfaitement fait l’affaire. Si j’avais dû m’en confectionner un moi-même j’aurais certainement utilisé du fermalo, une matière synthétique spéciale souple mais avec beaucoup de tenue.

Je pensais en avoir terminé mais lors d’un ultime essayage nous nous sommes rendues compte d’un petit problème. Du fait que la robe soit ouverte sur le devant, l’envers du tissu (le satin brillant), se voyait à l’intérieur en bas des plis. C’en était trop pour moi et j’étais prête à jeter l’éponge quand super maman est intervenue ! Mon héroïne a utilisé les chutes de tissus pour en tapisser l’intérieurs de la robe aux endroits où le satin était visible. Le reste serait caché par le jupon.

Elle a tout cousu à la main pendant des heures, parfois jusqu’à très tard ! C’est lors de ces coutures nocturnes qu’elle a découvert les replay de « La robe de ma vie », une émission qui montre des femmes à la recherche de leur robe de mariée ! Il en ressort que le choix d’une robe de mariée est assez révélateur de son parcours personnel. Certaines mères rêvent pour leur fille de ce qu’elles-mêmes n’ont pas pu avoir jeune et imposent leur choix, d’autres sont influencées par leurs amies, ont peur du jugement de leur entourage…pour ma part j’ai été très heureuse de partager ces moments avec ma mère. La couture de cette robe a été à l’image de notre relation, une belle complicité basée sur la complémentarité et surtout beaucoup d’amour !

Demain, c’est le grand jour, vous verrez le résultat de toute cette épopée !